Le paradigme Eco/Ego-logique
Première méditation : mon maître, notre style
Je vous transmets, dans le courant des formations que j'organise, les valeurs et croyances auquel j'adhère, mais que je suis loin d'avoir toutes inventées. Une bonne part de mon avoir quant il s'agit de pratique de la relation d'aide me vient de mon « maître », Michel Katzeff, d'où l'hommage que je lui rends ici.
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Il s’était retiré en Andalousie, mon maître, dans une semi-solitude. Il faut croire qu’il sentait son temps compté et qu’il a voulu profiter d’une demi-retraite, à sa manière, au bord de l’Europe, en plein soleil. Il souffrait d’asthme depuis toujours, lui, l’apôtre de la « parole du coeur », comme quoi l’on travaille toujours « dans sa faille » comme il disait.
Michel Katzeff m’a transmis l’ « art » qu’est la pratique de la relation d’aide ; et il m’a donné l’amour du métier en prime. Il prétendait que ce métier, il fallait le voler. Et c’est ce que j’ai fait.
A l’instar d’Hermès, Michel était un de ces merveilleux « voleurs », plutôt un tricker comme les nomment les amérindiens, un « subtilisateur » alliant la subtilité, la subtilisation et l’utilisation du subtil subtilisé : il s’est servi un peu partout et s’est concocté les amalgames psychothérapeutiques qui lui convenaient le mieux.
J'ai fait comme lui et vous ai transmis mes amalgames, vous encourageant à vous constituer les vôtres subtilement. Afin que, tout comme moi-même et mon maître, vous ne soyez les aficionados d'aucune « église » psychothérapeutique, mais des chalands libres et intelligents à l'affût de ce qu'il y a de meilleur pour vous-mêmes et ceux dont vous aurez à vous occuper.
Seconde méditation : l’un, le multiple, le couple
Il me semble que mon âme communie à chaque seconde avec la nature qui l’environne ; qu’elle participe des gestalten – de grands ensembles cohérents de sensations, d’émotions, de pensées et d’intuitions – que lui inspirent le monde qui ne serait, à son tour, qu’une âme gigantesque que les Anciens appelaient anima mundi.
Mon âme fait autant partie de l’âme du monde qu'elle est mienne ; elle participe donc du multiple tout autant qu’elle est unique.
Si tout débute avec « moi », le seul et unique « sujet » circulant dans la « réalité objectale » qu’il s’agit d’assujettir, alors « moi » pourra goûter le monde à sa manière et l’interpréter selon son gré, de manière « autonome », « authentique ».
Mais, lorsqu'on se met à parler d’ « au-tonomie » ou d’ « au-thenticité », l'on n'est souvent pas loin d’évoquer l’ « au-tisme » qui s’accompagne d’un sentiment d’isolement où l’ « être seul » éprouve une forme de sourd marasme persistant. C'est lors de ces « crises de solitude », que l'on éprouve le besoin de se conjuguer au pluriel pour former « nous ».
Mais le « nous » lamine toute liberté individuelle ; il combat toute divergence d’opinion et toute attitude un tant soit peu autarcique, sa loi étant celle du plus petit dénominateur commun, celle de la « culture de masse », de la « pensée unique ».
C'est donc dire que si je deviens un individu, je peux penser par moi-même, même si je risque de me sentir seul et coupable d'égoïsme, tandis que si je me contente de faire partie de mon groupe d'appartenance originel, je risque de n'avoir aucune pensée bien à moi, mais de partager celle de tout un chacun.
C'est Charybde ou Scylla en quelque sorte, la conscience coupable ou l'inconscience imbécile.
Certains praticiens, tels Freud et Jung, pensent la primauté du groupe sur l’individu et ils emploient des termes tels que le ça ou l’inconscient collectif pour exprimer cette pensée primitive, sauvage, naturelle qui serait tapie sous la mince pellicule de culture qu’est prié d’afficher tout individu civilisé. C’est ainsi que Jung nomme l’entiéreté de sa démarche thérapeutique un processus d’individuation, ce qui indique qu’il convient de devenir un individu qu’au départ l'on n'est pas !
Mais est-ce bien vrai, tout cela ? N'est-il pas vrai que, sauf pour certains êtres particulièrement mûrs et sages, la solitude semble mener invariablement à la tristesse, à la misanthropie, à l'isolement qui voue souvent au marasme et à la « folie » ?
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Alors, que faire si la solitude et l’isolement ne me réussissent pas vraiment parce qu’ils me rendent “fou”, tandis que la fusion au groupe et la promiscuité me privent de mon identité, de ma spécificité ?
Il existe un moyen terme qui symbolise, à la fois, l’unité la plus grande et le groupe le plus petit. Il s’agit d’un fol espoir dont le nom est archi-connu. Il s’agit du redoutable “couple”.
Parce que nous sommes tous nés d’un couple, que pour en faire un il en faut deux, et que la présence de deux implique l’existence de “tous”. Considéré ainsi, la société humaine n’est constituée que de ces groupes minuscules que sont les couples.
Ce qui fait que, dès sa naissance, l’individu se trouve confronté au groupe par le truchement d’un couple parental réel ou imaginaire. Face à « ces deux-là » il est face à « tout le monde ».
Si la « vie » est une recherche du couple – qu'elle soit intrapsychique, interpersonnelle ou transpersonnelle – la psychothérapie ne peut que lui emboîter le pas et s’annoncer comme étant une praxis où il importe que l'on se socialise sans se perdre dans l’autre, et que l'on s’individue sans s’enfermer dans une solitude hors contact avec le monde, soit une praxis qui encourage, à tous les coups, à « tenter le couple ».
Troisième méditation : l'ennui morbide
Au quotidien, il nous arrive, si je l'on n'y prend garde, de se mettre à “mourir d’ennui”. Le “mal de vivre” s’empare de nous à chaque fois que notre taux d’ennuyante morbidité excède notre taux d’exaltante “en-vie”.
L'enfant, l'adolescent et le jeune adulte peuvent se donner à croire que tout ira mieux lorsqu'ils seront plus grands, plus riches ou ailleurs. Mais, devenus adultes, ils finiront souvent par ne plus croire aux lendemains qui chantent et à sombrer dans l'état d'ennui.
L’ennui – le vrai, le profond – c'est inhumain ; c’est une absence, à soi-même, à l’autre, au monde. Il s'évite habituellement en sombrant dans les abysses de la fiction, de l’ivresse sous toutes ses formes et d'un cortège d'assuétudes les plus diverses.
Il s'agit de “gardes-fous” qui tentent de garder vivant en nous ce “fou” que l'on présentera plus tard en analyse et qu'on apellera souvent “ça” avec un rien de peur ou de dégoût, alors que c'est lui qui, la plupart du temps, nous a sauvé la mise : sans lui, nous serions morts !
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L’ennui, le réel et le raisonnable forment ensemble une espèce de cabale occulte, qui nous est imposée par notre environnement culturel à chaque fois qu'on l'oppose à un environnement naturel qui nous serait hostile.
A notre avis, la nature et la culture, dans le fond, sont complices, tout comme le sont la vie et la mort ou encore le plaisir et la réalité. Ces notions forment des couples qu’il n’est pas nécessaire de toujours opposer : même s’ils semblent s’éviter au grand jour, une fois la nuit tombée ils sont amants !
Leurs polarités se résolvent dans leur intégration à un niveau supérieur. C’est dire que nature et culture (le ça et le moi chez Freud), lorsqu’ils cessent de s’opposer et de s’invalider l’un l’autre, peuvent être intégrés aux niveaux personnel, interpersonnel et transpersonnel où ils induiront des manières d'être et de faire qui n'ont rien à voir avec les renoncements et les deuils du plaisir que la psychanalyse du 20ième siècle a estimé nécessaires (pensez à Mélanie Klein et à ses renoncements et deuils nécessaires).
Quatrième méditation: L'Ame et la philosophie
Hume dit de l’âme qu’elle est une sorte d’illusion. Voltaire dit que personne n’a jamais trouvé et ne trouvera l’âme qui, dès lors, reste, par excellence, le sujet des faiseurs d’hypothèses. Wittgenstein, quant à lui, dit de l’âme qu’elle n’est pas un quelque chose, mais pas non plus un rien.
Il est à remarquer que chacun d’entre eux pense à l’âme comme à une « idée », comme à quelque chose qui est entièrement détaché du corps et même des sens. Que dire à ces sceptiques ? Si ce n’est que mon âme englobe mon corps physique qui, lui, est tout à fait tangible.
Par ailleurs, à la suite de Saint-Augustin, j’aimerais répliquer à Voltaire comme aux quelques-autres que j’ai cités, que l’âme ne doit pas se chercher comme une absente, mais qu’elle peut révéler sa présence à elle-même par une conversion spirituelle et que sa connaissance relève de l’intimité d’une présence.
Puis, il y a ceux qui sont plutôt neutre. Platon définit l’âme comme étant le mouvement qui se meut lui-même et qui, par nature, est immortel. Cette entité éternelle est, pour lui, parente des idées évanescentes et se trouve ainsi placée loin du corps concret et destructible. Descartes lui emboîte le pas en préférant au mot «âme» celui d’ « esprit », d’entendement ou encore de raison, son essence étant la pensée.
Je remarque, ici encore, que l’Ame est considérée comme détachée du corps et des sens, hypothèse que je suis décidé à ne pas soutenir.
Je répète : je crois que mon corps – certes, mortel et putrescible, et, qui plus est, constamment soumis aux besoins des sens – est l’une des expressions de mon âme et n’est séparé d’elle en aucune manière. Il n’y a donc pas, selon moi, d’abord l’esprit ou l’âme, puis le corps, mais une co-existence immédiate des deux.
Et il en va de même de l’écrin écologique – le monde – qui me permet de vivre : lui aussi est matériel en même temps qu’il est spirituel, uni à l’âme d’un chacun, puisqu’âme et monde sont d’une même nature.
En poursuivant mon exploration de quelques discours sur l’âme, je constate avec bonheur que je ne suis pas le seul à affirmer l’union du corps à l’âme, loin s’en faut. Ainsi :
Aristote dit que l’âme n’est pas un corps mais quelque chose du corps ; que la matière est puissance, alors que la forme est réalisation ; et que l’âme est la réalisation première d’un corps naturel potentiellement en vie.
Spinoza va plus loin dans mon sens. Il dit que l’âme et le corps sont des attributs de Dieu, c’est-à-dire de la substance au sens absolu, de la « Nature » ou de la « Totalité ». Pour lui, l’âme et le corps sont une seule et même chose qui est conçue, tantôt sous l’attribut de la pensée, tantôt sous celui de l’étendue : ils sont les expressions isomorphiques d’un même mode, les aspects parallèles d’une même réalité.
Hegel, à son tour, me fascine en disant que l’âme a son origine dans la nature et son accomplissement dans l’esprit, autrement dit : l’âme doit devenir esprit. Par ailleurs, l’âme est toujours pour un corps qu’elle anime et ce corps n’est, finalement, qu’un moment de l’esprit. L’âme est, pour lui, l’éveil de l’esprit dans la nature et de la nature par l’esprit. Et il faut, dès lors, partir de l’unité originelle d’une âme et de son corps et ne pas les opposer comme on le ferait de deux choses distinctes, même si l’opposition de l’âme et du corps doit être réalisée, tout comme l’âme universelle indéterminée se détermine, s’individualise, devient consciente.
Il va sans dire que je suis plutôt d’accord avec la représentation aristotélicienne, spinozienne et hégelienne de la relation entre l’âme et le corps dans le sens où l’âme ne peut, d’après moi, être considérée comme distincte du corps : mon corps est une manière d’être de mon âme, une de ses formes possibles, celle qui me permet d’être au monde en tant qu’entité matérielle.
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Et ma vie est, alors, le temps alloué à mon corps pour se spiritualiser, de même qu'elle est l’opportunité, pour mon esprit, de s’incarner. Ma vie serait le lieu de rencontre - dans un temps et un espace donnés - entre mon esprit et mon corps.
Et quand je parle de ma « vie », je ne peux éviter de parler de son terme, soit de ma « mort ». La question qui se pose est la suivante : lorsque je meurs, qu’est-ce qui meurt et qu’est-ce qui survit à ma mort ?
A mon avis, ce qui reste après mon décès est un mélange homogène - une intégration, une coniunctio, un mariage - d’un esprit disposé à s’incarner et d’un corps disposé à se spiritualiser. Autrement dit, c’est de l’âme qui devrait rester au terme de mon passage sur terre, et non pas de la simple « viande » - qui est réputée retourner « en poussière » - ou du pur esprit - qui aurait alors comme « loupé » son incarnation -.
La mort du corps serait, en quelque sorte, une expérience obligatoire que fait mon âme, plus spécifiquement, dans l’absolu, une expérience de « re-naissance ». Et l’existence - le fait, pour un esprit, d’expérimenter un corps pour la durée d’une vie - constituerait le moment de la création d’une âme.
Autrement dit, si tout se déroule bien, mon âme connaît une période de gestation d’une petite centaine d’années ; ses géniteurs sont mon esprit et mon corps ; sa matrice est le monde ; l’instant de sa naissance est ce que d’autres appelleront ma mort.
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Il incombe maintenant de savoir à quoi bon, pour mon âme, faire l’expérience, parfois pénible, d’une vie. Autrement dit, à quoi lui sert d’exister ?
Platon dira que l’âme anime l’inanimé et que ce qu’on appelle « vivant » c’est cet ensemble, une âme et un corps fixé à elle. Et il installe une échelle des âmes où les plus nobles d’entre elles s’élèvent vers l’esprit, tandis que les plus viles chutent dans la matière.
Plotin nous dit que l’âme vient dans un corps par inclination volontaire, pour incarner ses potentialités en quelque sorte, et que chaque âme est une des nombreuses facettes de l’Un qui se multiplie en faisant l’expérience du monde sensible.
Plotin nous dit que l’âme dirige la matière sans jamais s’identifier entièrement à elle, et que toute âme a un côté inférieur tourné vers le corps et un côté supérieur tourné vers l’intelligence et que c’est la partie inférieure de cette âme qui organise l’univers, tandis que la partie supérieure de l’âme est nettement moins sensible aux plaisirs passagers de l’incarnation et participe intuitivement de l’âme totale qu’il identifie à l’âme du monde.
Mais les deux parties de l’âme plotinienne peuvent se perdre, car la partie sensible de l’âme peut tomber amoureuse de son reflet dans le sensible et perdre alors le contact avec sa partie insensible ou spirituelle. Voilà, selon Plotin, le danger qui menace l’âme.
Kant dit que la séparation de l’âme et du corps consiste dans la transformation de l’intuition sensible en intuition spirituelle, et il ajoute que c’est cela l’ « autre monde ».
Ainsi, pour lui, la vraie question n’est pas de savoir s’il faut penser à la survie spirituelle, mais jusqu’à quel point une représentation nous en est permise. Il affirme que l’autre monde n’est pas ailleurs ou au-delà, mais que nous y sommes déjà, qu’il ne diffère de ce monde-ci que par l’intuition qu’on lui applique. Ainsi, la destination spirituelle de l’âme n’est pas tant de rejoindre l’autre monde – puisqu'elle y est déjà ! –, mais de développer l’intuition intellectuelle qui le lui dévoilera.
Je suis tout à fait d’accord avec Kant lorsqu’il dit, en quelque sorte, que pour connaître mon âme, il convient que je développe mon intuition. Et n’est-ce pas là un des objectifs essentiels de toute « bonne » psychothérapie ?
Mais Kant me permet également de revoir ma copie quant à la notion du hic et nunc, car c’est « ici et maintenant » que je vis ma « vie après la mort » ou ma « vie tout court ».
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Je me résume :
Premièrement : me voilà titulaire d’une âme en formation ou, pour le dire mieux, cette âme en formation c’est moi. Dans cette mesure, je participe de l’âme du monde.
Deuxièmement : réaliser l’union alchimique de mon corps et de mon esprit et, plus généralement, de tout ce qui est matériel et de tout ce qui est spirituel est mon but existentiel.
Troisièmement : ce que j’appelle le Life Coaching Analytique c’est une des praxis de la relation d’aide favorisant le cheminement existentiel de mon âme au monde.
Cinquième méditation: Le Monde et sa relation avec mon Ame
L’idée d’un Monde animé est connue depuis la nuit des temps. En psychologie, il n’y a que Jung qui s’occupera, à l’aide de documents moyennâgeux, de revivifier la notion d’anima mundi, tout à la recherche d’une explication des phénomènes synchrones – c'est -à-dire de curieuses « co-incidences » –, auxquels la notion de « hasard » ôte tout sens, mais que l’idée d’un entendement, d’une complicité entre l’Ame d’un chacun et celle du Monde, pourrait expliciter de manière satisfaisante.
Par ailleurs, le mouvement écologiste actuel aurait tendance à reprendre cette notion pour son compte, tout en la rendant scientifique et en se cantonnant au niveau d’une « objectivation » bio-chimique ou astronomique : le Monde reste une « chose » vivante dans lequel vit l’homme – un environnement dont il est maintenant convenu qu’il doit prendre soin, s’il veut continuer à y vivre sainement – faisant partie lui-même d’un système composé d’objets stellaires plus vastes que lui.
Ce que le mouvement écologiste ne conteste pas, c’est que tout cela est, d’une certaine manière, bel et bien « vivant », tout en ne devenant pas pour autant un « être » vivant.
Pour moi, non seulement mon Ame est vivante, mais la communauté des Ames qu’est le Monde – l'anima mundi – l’est également. J’aurai même tendance à dire que tout « objet » faisant partie du Monde et participant à sa « vivance » dispose d’une Ame, et que le Monde lui-même est un être vivant.
Bien sûr, je commets là l’« erreur » de m’afficher « animiste », et je cours le risque que représente l’anthropomorphisme ; mais, faisant ainsi, je me permets, par ailleurs, d’ « éprouver » pleinement comment mon Ame et celle du Monde conspirent et combien elles sont interdépendantes.
Ainsi, pour moi, tout objet – qu'il soit réputé vivant ou non – peut devenir à tout moment un outil transitionnel par le truchement duquel mon Ame et le Monde peuvent entrer en résonance l’un avec l’autre et commettre les coïncidences significatives ou les phénomènes synchrones qui ont tellement fascinés Jung.
C’est ce qui me permet de dire que, dans mon système conceptuel, il n’y a pas de place pour le hasard.
Et il n’existera pas non plus, dans mon système de compréhension, un sujet éclairé observant la réalité objectale, mais un être vivant parmi la “vivance”, s’adaptant créativement à son environnement, le transformant du mieux qu’il le peut et se laissant transformer par lui. Cette pensée renvoie à la Gestalt-Thérapie.
Le Monde est, dans l’acceptation générale, ce dont, en tant qu’existant, je fais partie, mais il n’est qu’un écrin, sans histoire propre, si ce n’est une histoire géologique.
Là encore, je me permets d’aller plus loin. Pour moi, le Monde est une entité organique dotée, à l’instar de l’Ame, d’aspects matériels, spirituels, affectifs et dynamiques, soit, symboliquement, de terre, d’air, d’eau et de feu en constante interaction. Le Monde – en tant qu’être vivant – est également acteur d’une histoire se déroulant dans le temps et l’ « humanité » entière – passée, présente et potentielle –, fait partie intégrante de son « vécu ».
Le Monde, c’est ce « fonds » qui précède, qui permet, qui suscite toutes ces formes et qui les accueille une fois qu’elles sont devenues obsolètes pour les recycler, pour les fondre à nouveau en d’autres formes.
Ce fonds existe en chaque Ame au/du Monde, ce « fonds commun » qui permet tous les possibles, qui a « pré-paré » une humanité après l’autre, un peuple après l’autre, une Ame après l’autre.
Lorsque je considère le Monde de cette manière, je ne peux exclure qu’il ait un « dessein », soit une forme de désir, ou encore qu’il « se souvienne » et s’enrichisse, lui-aussi, de ses expériences passées.
En outre, je crois que ce Monde vivant, dont je fais intimement partie, « co-labore » avec mon Ame à la réalisation de leurs voeux communs. Et je peux demander leur aide à toutes les Ames au Monde – qu’est-ce qui n’a pas d’Ame ? –, aussi bien qu'au Monde lui-même afin que tout se passe bien.
Dans ce sens, mon Ame et le Monde « con-spirent » dans une prière commune ininterrompue, où les désirs de mon Ame se mélangent à ceux du Monde. Et j’exprime mes désirs personnels – ceux de mon Ame –, tout en espérant qu’ils soient intégrés par le Monde dans un dessein/dessin plus vaste, le Monde formant alors comme une sorte de tapisserie dont je serais un fil, le motif de la tapisserie donnant un sens au cheminement de chacun de ses « fils ».
Je pourrai dire que, simultanément, je vis-pense-sens-éprouve-souffre-circule-rêve-imagine- dans le Monde et qu’il y a un Monde qui vit-pense-sent-éprouve-souffre-circule-rêve-imagine- en mon Ame.
Je pourrai y ajouter que j’éprouve le Monde autant que je suis vécu par lui. Ainsi, lorsque je parle de moi-même, je parle autant de mon Ame que du Monde qui l’a produit et qui ne cesse de la pétrir, telle une gigantesque matrice.
Et mon Ame n’est pas un morceau tronqué d’un plus grand ensemble, vivant le mal permanent d’être séparée du « tout », mais elle est cohérente, pleine, microcosme « complet » au sein d’un macrocosme, Ame autonome participant activement au masterplan du Monde.
Sixième méditation : La Psyché et le Culture
Non seulement je suis une Ame au Monde, mais que je peux vous en parler, je peux vous décrire les états de mon Ame et ceux du Monde, je peux, à la fois, « être » qui je suis, ce que je fais et « réfléchir » à qui je suis, à ce que je fais, à ce dont je fais partie et à ce qui se passe au dehors de moi.
Mon miroir, mon écran réflecteur – et réfléchisseur – mon interface entre mon Ame et le Monde, je l'ai appelé ma Psyché. C'est le nom que l'on donne à un miroir ovale. Ma Psyché est un miroir pour mon Ame.
En fait, le mot Psyché signifie la même chose que le mot Ame. C'est pour les besoins de ma théorie que j'ai séparé ces deux notions.
A mon avis, c'est la Psyché et pas ce que j'ai appelé l'Ame qui est le sujet et l’objet qu’étudie la “psycho-logie” et c’est elle que tentent de soigner les “psycho-thérapeutes”; c’est elle aussi que tentent d’éduquer les “psycho-pédagogues”. Et chacun la définit à sa manière, selon ses besoins.
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J’avais dit, parlant de l’Ame, que la communauté des Ames formait l’Ame du Monde, l’Anima Mundi. De même, j’émets maintenant l’hypothèse que la communauté des Psychés forment ensemble une Culture.
Et que c'est celle-ci qui constitue l’objet et le sujet des sciences « socio-logiques », mais aussi celui des sciences politiques qui sont, en quelque sorte, à la société, ce qu’est l’actuelle psychothérapie à l’individu : une manière de réflexion/réflection, à la fois, un interface permettant la communication à tous niveaux.
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Ce qui fait que dans mon système conceptuel, l’Ame est au Monde ce que la Psyché est à la Culture, c'est-à-dire :
- Autant ma Psyché est un miroir pour mon Ame, autant la Culture est un miroir sensé refléter/réfléchir le Monde dans tous ses états.
- Autant ma Psyché est un interface sensé faciliter la communication de mon Ame avec le Monde, autant la Culture est l’interface d’une collectivité sensé faciliter les communications de l'ensemble de ses Ames avec celle du Monde.
Méditation septième :
l’autonomie de Psyché et Culture face à l’Ame et au Monde
Psyché est une extension de mon Ame, comme un enfant peut être, au départ de son existence, un prolongement de sa mère, mais, à l’instar d’un enfant, elle a bien vite acquis une grande autonomie par rapport à celle-ci, sous l’influence conjointe et constante des Psychés des quelques autres qui l’entouraient, et de celle de toutes les autres, soit de la Culture.
Ce qui me fait dire que ma Psyché est une co-création de mon Ame et de la Psyché du Monde – de la Culture –, devenue, peu à peu, plus ou moins autonome de l’une comme de l’autre.
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S’ajoute à cela que ma Psyché est autoréflexive, et peut, à terme, se réfléchir, et parfois même s’égarer dans ses propres reflets. C’est ainsi qu’elle se constitue peu à peu un système d’intuitions qui finissent par la caractériser, système qu’elle communiquera à d’autres Psyché. Ces Psychés participeront à la longue à une même « communauté d’esprit », ce qui donnera naissance aux divers groupements spirituels qui seront à la base d’autant de systèmes culturels et sociaux.
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Donc, ma Psyché et la Culture dont elle fait partie s'inventent l'une l'autre en permanence, et cela, souvent, indépendamment de mon Ame et du Monde.
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La Culture, à l’instar de la Psyché, est également autoréflexive, ce qui lui permet, à la longue, de « se percevoir » et de se réfléchir à l’infini, pour finir par ne plus être un fidèle « reflet du Monde », et s’égarer parfois dans ses propres reflets, construisant des tissus d’illusions qui ont parfois belle allure.
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Tout ceci pour dire que ma Psyché, autant que ma Culture, ne font pas que réfléchir, respectivement, l’Ame et le Monde et faciliter les échanges entre l’Ame/les Ames et le Monde, mais qu’elles mènent une existence relativement autonome, ne reflétant et ne laissant passer que ce qui leur convient. Ce qui peut, à terme, devenir la source de bien des problèmes.
Ainsi, autant les relations entre toute Ame et le Monde sont limités au don et au contre-don (donner et recevoir), autant la relation entre :
- les Psychés et leurs Ames ;
- les Psyché entre elles ;
- les Psyché et leurs Cultures ;
- les Ames et leurs Cultures ;
- les Cultures et le Monde ...
... y ajouteront la retenue et le refus. De manière à ce que la plupart des échanges se conjugueront en quatre « temps » : donner, recevoir, refuser, retenir.
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Ainsi est à l’oeuvre une formidable recherche constante d’un ajustement mutuel satisfaisant les quatre protagonistes que sont l’Ame et sa Psyché, le Monde et ses Cultures.
Ces ajustements peuvent s’exprimer par la recherche d’alliances, d’un idéal commun, ou, dans le cas où toutes les négociations auraient échoué, par des arrangements temporaires, précaires ou caducs, par des troubles intermittents s’exprimant par d’occasionnelles révolutions voire par une âpre lutte – une guerre – au dénouement tout à fait incertain. Et cela, aussi bien aux niveaux individuel que collectif.
Méditation huitième :
La quête existentielle des instances Psyché et Culture
Nous voilà donc confrontés à un problème ayant des incidences tant aux niveaux intrapsychique, interpersonnel que transpersonnel, un problème dont la racine-mère est à trouver dans le sens profond qu’ont les instances Psyché et Culture, ces créations de l’Ame et du Monde.
Pour mieux me faire comprendre, mettons que « mon Ame, c’est moi ». Et que, lorsque j’emploie l’expression rétroflexive « je me … », j’installe l’un face à l’autre « je » et « moi », dans une relation où « je » définit, à chaque fois, les multiples agissements et états de « moi », pour conclure, après l’avoir décrit de milliers de façons, par la phrase oh combien pleine de sens : « je suis moi ».
C’est là la quête du « je » : « être moi ». Ainsi, si mon Ame, c’est moi, ma Psyché c’est « je ». Et « je » fait partie de « moi » tout en étant à sa recherche, soit, ma Psyché fait partie de mon Ame tout en la recherchant.
Ainsi, l’aboutissement du parcours existentiel de tout être humain serait l’union/la réunion de sa Psyché à son Ame, autrement dit : l’Ame doit devenir Psyché, soit consciente, entièrement réfléchie, tout comme la Psyché doit entièrement devenir l’Ame, par identifications successives, sans en renier aucune partie.
Et ce processus se déroule en diverses phases. Psyché d’abord doit s’éloigner de son Ame et n’en réfléchir que les parties qui lui conviennent. Elle doit faire partie de sa Culture, s’intégrer à celle-ci. Et cela au risque de perdre le contact avec son Ame et avec celle du Monde.
Ce n’est qu’ensuite que Psyché revient à son Ame, telle une étrangère qui à tout à découvrir.
Et c’est via son Ame que Psyché en arrive à découvrir celle du Monde qui ne lui était qu’en partie révélée par sa Culture, pour, finalement, s’unir à son Ame et à celle du Monde.
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Puisque j’ai mis en parallèle les fonctionnements de Psyché et de la Culture, ce que j’ai dit pour le parcours existentiel de ma Psyché doit valoir également pour les mouvements de ma Culture.
La Culture fait partie du Monde qu’elle est sensée réfléchir entièrement ; le Monde doit « devenir » Culture, il doit devenir conscient de lui-même, se trouver entièrement réfléchi, tandis que la Culture doit entièrement reconnaître son Monde par identifications successives.
Ainsi, comme je l’avais proposé pour la Psyché versus son Ame, l’on peut imaginer qu’au moment où le Monde enfante d’une Culture, elle en reflète fidèlement un aspect, puis qu’il y a éloignement.
Puis, qu’après s’être éloignée du Monde qu’elle est sensée réfléchir, la Culture revient vers celui-ci, telle une étrangère, pour se mettre à le redécouvrir.
Autrement dit, ma Culture découvre le Monde qui justifie son existence et, découvrant l’Ame du Monde, elle découvre toutes les Ames au Monde qui en font partie, et qui ne lui étaient qu’en partie révélée par leurs Psyché, pour, finalement, s’unir au Monde et à chacune des Ames au Monde.
Et le problème dont je parle plus haut – l'éloignement entre la Psyché et son Ame, entre le Monde et sa/une de ses Culture(s) – deviendra vraiment sérieux s’il est permanent. Car alors, c’est le dessein-même qui présida à la création de Psyché et de Culture par le Monde et la communauté des Ames qui le peuplent – soit, leur union/réunion finale –, qui se trouve biaisé.
Méditation neuvième : les histoires que l'on se raconte
Je « vis » une « histoire » à la fois personnelle et culturellement conditionnée, une histoire que je forge en même temps qu’elle me forge une « personnalité » que j’expérimente comme étant « authentique », dans la mesure où je la considère comme m’appartenant en propre, comme me constituant et fondant ce qui passera pour être mon « caractère », ce réseau complexe de signes qui feront que l’on me reconnaîtra pour ce que je donnerai à paraître. Cette histoire, cette « aventure » plus ou moins bonne ou mauvaise qualifiera mon style de vie (Alfred Adler) et constituera mon scénario de vie (Eric Berne).
Je crois avoir besoin de mon mythe, soit d’un « devenir » – élaboré de manière cohérente, tenant compte de mes dispositions personnelles, et en accord avec mon environnement – afin de répondre aux nombreux « pourquoi » que me pose le fait d’être telle Ame venue au Monde que voici.
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A mon avis, c’est l'instance que j'ai nommée Psyché qui me fabrique cet itinéraire vital. Mais ma Psyché n’agit pas seule : elle est secondée par mon Ame et par la Culture, soit, indirectement, par l'Ame du Monde.
Ma Psyché ne me fera donc pas raconter n'importe quelle histoire : elle tiendra compte d’un certain nombre de contraintes « innées » lui inspirées par mon Ame et l'Ame du Monde ; et d'un certain nombre de contraintes émanant de la Culture ambiante.
Car, il importe que ce qui est vécu corresponde à ce que veulent d’elle les trois autres instances – son Ame, sa Culture et le Monde. A la fois, il est essentiel que l’histoire qu’elle se met à se conter, puis à conter aux autres, reste « vrai-semblable ».
En fait, après l’avoir vécu « pour de vrai », ma Psyché fabrique, à partir de l’événement vécu, une version bien à elle, une version « pour jouer », puisque l’événementiel, le factuel, y est remis « en jeu », soit, réordonné et réinterprété à sa guise.
A tel point qu’en fin de compte, bien malin sera celui qui pourra opérer la distinction entre le phénoménal – les faits tout crus – et l’expérimenté au moment de l’action et ultérieurement, tant le “pour de vrai” et le “pour jouer” viennent se mélanger pour fonder ensemble un mythe personnel qui lui vaudra de “réalité”, quand bien même il ne s’agira, le plus souvent, que d’une réalité tout à fait privée.
Si ma Psyché s’éloigne par trop du “pour de vrai” au profit du “pour jouer”, elle “s’en-songera”, soit elle s’inventera des “m’en-songes” à dormir debout, et finira par ne plus exister que dans un monde d’illusions et de désillusions consécutives.
Si ma Psyché peut garder l’équilibre entre le “pour de vrai” et le “pour jouer”, elle saura faire correspondre son univers privé – au creux duquel se trouvent gravés ses desseins primordiaux – avec ce qu’elle a concrètement expérimenté.
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Je précise tout de suite que, pour moi, le vrai ne s’oppose pas au jeu comme le bien au mal. Et qu’il ne me semble pas vrai non plus que vivre et faire “pour de vrai”, serait authentique et sérieux – le « bien » ; tandis que vivre et faire “pour jouer” traduirait le malsain, le pathologique et le mensonger et, forcément, le « mal ».
Tout individu s’inventant un mythe personnel – et il n’y a pas moyen de faire autrement – est un “être jouant” (un Homo Ludens comme l’a nommé Huizinga), un être préférant la simulation au passage à l’acte (je pense ici à Bateson décrivant des loutres “jouant” à se battre, plutôt que se déchiquetant “pour de vrai”), se fabriquant des zones-tampons bourrées d’imaginaire entre ce qu’il éprouve et ce qu’il vit (je pense ici aux espaces transitionnels de Winnicott).
Mon mythe existentiel, mon style de vie, mon scénario est donc un construit, à la fois intime et social, une oeuvre d’adaptation créatrice (je pense ici à la Gestalt-Thérapie de Perls) de mon Ame au Monde par ma Psyché et la Culture interposées. Il s'agit d'un mensonge, certes, mais d'un mensonge fonctionnel permettant la vie.
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Pour clore cette méditation, il me revient une phrase de l’anthropologue Gananath Obeyesekere qui me semble fort à propos. Elle dit : « Myths are the dreams of a culture ». Autrement dit, ma Psyché – artisane de mes mythes privés – participe des rêves d'une Psyché du Monde, soit d'une Culture, et permet à mon Ame de s’ajuster au Monde via ceux-ci.
Cela ne fait que renforcer l’aspect « songe » du mythe existentiel que chacun d’entre nous se fabriquera, et cela donne du corps aux dires des chamans amérindiens qui affirment que la vie diurne ne serait, tout compte fait, qu’un « rêve de jour – la « maya » comme l'appelleraient les penseurs indiens.
Méditation dixième : les niveaux du mythe
Il y a d’abord le mythe social auquel je crois que chacun de nous participe de gré ou de force. Ce mythe prévoit tout ce qu’il convient qu’un individu “normal” vive dans le courant d’une existence socialement utile et bien remplie dans le contexte d’une société donnée.
Ce niveau de mythe implique la croyance que, hors de lui, il n’est point de salut, et qu’il n’est de gens heureux qu’à l’intérieur du cadre culturel qu’il semble proposer, mais qu’il impose le plus souvent.
Je pense que lorsqu’on dit que “les gens heureux n’ont pas d’histoire(s)”, l’on veut parler de ceux qui vivent cette histoire qui leur est destinée et qui ne s’y opposent pas ; ceux-là mènent une existence “comme tout le monde”, une existence qu’ils ne remettent pas en question et qui leur suffit.
A mon avis, nous sommes tous, dans une plus ou moins large mesure, tributaires du mythe social que nous destine notre Culture.
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Il y a ensuite ce que j’appellerai le mythe névrotique, qui réunit ceux qui ne peuvent trouver le “bonheur” dans le “programme” que leur propose/impose leur Culture, et qui élaborent un mythe personnel puissant qu’ils opposeront au mythe social.
Ceux-là résisteront au mythe social, faisant semblant de s’y adapter, ou tenteront en vain de lui imposer leur mythe personnel. Ceux-là ne seront pas à l’aise dans leur “peau culturelle”, dans l’échange – forcément social – avec les autres ; en termes de contact, ils seront plutôt mauvais ou faussement bons, payant souvent bien cher tout effort d’adaptation à la Culture ambiante.
Ceux-là auront une « histoire » – et « des histoires! » –, chacun la sienne, ce qui fera que, bien que participant d’un même mythe, ils ne se reconnaîtront et ne se fédéreront que très rarement, si ce n’est, entre autres, à l’intérieur de petits groupes de psychothérapie, d’entraide socio-psychologique ou de groupements religieux.
Je crois qu’en cette fin de vingtième siècle, début du vingt et unième, en Occident, chacun d’entre nous a à gérer sa part de névrose, sa part de mauvaise adaptation socioculturelle, tant le mythe social auquel notre Culture nous a invité/contraint à participer a été instable et défaillant dans un passé relativement récent, et persiste à l’être.
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Puis, il y a ce que je me suis décidé d’appeler le mythe de réalité qui réunit ceux qui, confrontés à leur névrose personnelle, se sont décidés à l’analyser, à y découvrir le plus souvent un important refoulement de leurs désirs, et qui, au moyen de ce type de connaissance d’eux-mêmes – elle aussi “culturellement codée”, les “sciences de l’Ame” faisant également partie intégrante de la Culture qui les a vu naître –, se sont mis à composer avec le Monde, avec sa Culture, mais aussi avec leur Ame, afin de trouver un équilibre dynamique dans une adaptation modérée et continuelle à un environnement constamment mis en question.
Ceux-là ne seront ni heureux, ni malheureux : ils estimeront participer au “réel”, du moins à un réel par eux-mêmes défini, qui s’apparente habituellement à une forme de “réalisme” ; à une tendance flottant entre le romantisme et le naturalisme, entre la vie telle qu’on la voudrait et celle, telle qu’on peut la percevoir au moyen de cette relative froideur distante que permet l’objectivité.
Je crois que chacun d’entre nous participe également, dans une certaine mesure, du mythe réaliste, surtout dans le domaine de nos activités professionnelles où nous sommes souvent contraints à une soi-disant “neutralité” de bon aloi. Là, nous nous montrons, en règle générale, “raisonnables”, comme il convient d’être “en réalité”.
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Enfin, au-delà du mythe freudien de la réalité, il est un quatrième mythe qui répond parfaitement aux besoins de l’époque présente, un mythe de transcendance que j’appellerai le mythe transpersonnel.
Qui veut pénétrer ce mythe doit lâcher prise, soit doit opérer une rupture épistémologique, se donnant comme consigne nouvelle qu’il n’est pas tant besoin de lutter pour dominer que de composer pour s’entendre, moyennant quoi les relations entre le Monde, les Ames, la Culture et les Psychés se modifieront considérablement (je pense ici à Berne lorsqu’il souligne l’importance d’être « OK avec soi-même et les autres »).
Ce quatrième mythe s’expérimente le mieux dans les relations intimes où l'on expérimente un « faire partie de l'autre » ; c'est également dans les relations intimes, les relations d'amour, que l'on permet à l'autre de « faire partie de soi ». Par là il est possible de prendre contact avec « ce qui nous vit » et « ce à l'intérieur de quoi nous vivons » ... « depuis toujours et pour toujours » comme ne manquerait pas d'y ajouter un shaman amérindien.
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Je viens de vous présenter quatre mythes très fréquentés par le commun des mortels. Je les ai ordonnés hiérarchiquement, alors qu’on les expérimente simultanément. Ainsi, le fait de participer du mythe transpersonnel ne dispense pas de participer du mythe social, du mythe névrotique ou encore du mythe de réalité.
Pour bien faire, l’on devrait substituer au modèle hiérarchique un modèle circulaire, dont l’on serait le centre, entouré de ces quatre mythes qui, au gré des circonstances de la vie, nous attireraient dans leurs rets et nous y tiendraient captifs, le temps nécessaire pour que l’on s’en rende compte et décide de s’en évader ou de les investir.
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La participation au premier mythe n’implique pas un important développement de ce qu’il est convenu d’appeler le « moi ». Il suffit, pour chacun, de se distinguer des autres par quelques traits de caractère différents ; il n’est nul besoin de les intégrer dans un ensemble cohérent, bien distinct.
Il n’en va pas de même dans le mythe névrotique où l’opposant expérimente ses traits de caractère propres ou ceux des autres, comme autant de défauts ou d’expressions déviantes, constituantes de sa psychopathologie ou de ce qu’il appréhende comme la « folie » de son environnement.
C’est en chemin vers le mythe de réalité qu’un « moi » cohérent sera élaboré par l’être en recherche. Ce n’est pas un hasard si ce processus est appelé par Jung, « processus d’individuation », montrant par là que tout être, au départ, n’est pas « individué », soit n’est pas un individu se distinguant nettement des autres.
A mon avis ce n’est qu’après s’être constitué un « moi » plus ou moins cohérent que l’être, en passe de devenir « humain », peut tenter l’épisode transpersonnel de son devenir, sans s’engloutir dans le mysticisme ou s’évader dans le délire.
Résumé
J’ai commencé par dire ce que j’entendais par l’Ame en consultant les dires de quelques philosophes, pour finir par conclure que mon Ame, c’était « moi » ; que mon Ame participait de l’Ame du Monde ; et que mon Ame, dans un mouvement de double spirale sans fin, cherchait, simultanément, à s’individuer et à s’unir à celle du Monde.
Ensuite, j’ai tenté de définir le Monde comme l’ensemble des Ames au Monde, réunies en une seule, l’Ame du Monde. En quelque sorte, le Monde, c’est « nous ». Et le « moi », à la fois, fait partie de et constitue le « nous ». Autrement dit, « moi » et « nous » -mon Ame et celle du Monde- entretenons une relation interdépendante.
Puis, j’en suis venu à installer, dans mon schème Eco/Ego-logique, ce qui fait l’apanage et la particularité de l’être humain, sa conscience. Je l’ai appelée Psyché, et l’ai définie de la sorte : si mon Ame c’est « moi », ma Psyché c’est « je ». Et « je me » vois, me dis, me dispute, et, à la longue, si tout se passe bien, « je m’aime » et m’épouse.
La Psyché a deux fonctions principales, à savoir : celle d’être un miroir pour mon Ame, lui permettant de se découvrir ; et celle d’être un interface installé, d’une part, entre mon Ame et celle du Monde, et, d’autre part, entre mon Ame et la Culture de ce Monde.
La Psyché a un dessein. Ainsi, tout comme le but de « je » est de devenir « moi », de manière à ce que je puisse dire « je suis moi », de même, ma Psyché, après avoir réfléchi et représenté mon Ame, finit par s’identifier à celle-ci, à devenir celle-ci, pour peu que mon Ame l’accueille telle quelle. C’est là l’étape ultime de l’individuation.
Ensuite, je me suis attelé à la tâche d’accorder un miroir à l’Ame du Monde, son miroir naturel, en somme, qui passe sous le nom de Culture. Et j’ai mis le fonctionnement de la Culture en parallèle avec celui de ma Psyché, partant du point de vue alchimique que « tout ce qui est en haut est comme tout ce qui est en bas ».
Ce qui fait que la Culture est un miroir pour le Monde, autant qu’un interface entre celui-ci et les Ames/Psychés qui le peuplent ; ce qui fait que la Culture se voit attribué un dessein, celui de s’identifier, puis, à terme, de se fondre au Monde qu’elle a réfléchi et représenté du mieux qu’elle a pu.
Le Monde, quant à lui, doit pouvoir l’accepter telle qu’elle se présente à lui et s’en trouver transformé, enrichi. Autrement dit, le Monde, lui aussi, s’individualise en acceptant, en son sein, les unes après les autres, les Cultures qui ont réfléchi et représenté certains de ses multiples aspects.
Après cela, j’ai esquissé les interactions entre les quatre instances de ma structure Eco/Ego-logique, l’Ame et sa Psyché, le Monde et sa/ses Cultures, et je me suis permis de décrire les nombreux conflits qui peuvent surgir entre ces quatre instances, pour peu qu’elles se mettent à dysfonctionner.
Une partie de ces dysfonctionnements résulte d’interactions caduques entre l’Ame et sa Psyché et entre le Monde et sa/ses Culture(s) ; également, entre les Ames individuelles et celle du Monde par les Psychés et les Cultures interposées ; finalement, entre les Psychés individuelles et leurs Cultures.
D’autres dysfonctionnements résultent du fait que, pour l’une ou l’autre des raisons citées plus haut, la Psyché se trouve empêchée et de s’individuer et de rejoindre son Ame au terme de ce processus ; ou que la Culture soit empêchée, elle aussi, de s’épanouir avant de rejoindre l’Ame du Monde.
Habituellement, les dysfonctionnements s’enchaînent les uns aux autres au point qu’il devient difficile de découvrir où tout a commencé et comment s’y prendre pour y remédier. Il convient, pour cela, de se mettre à observer comment les quatre forces en présence se sont maintenues en équilibre les unes par rapport aux autres.
Cet équilibre, qui est spécifique à chaque individu et à chaque communauté d’individus, je l’ai appelé Mythos – le mythe que s'invente chacun. Cette instance traduit la dynamique, plus ou moins figée, mise en place pour faire face aux distorsions graves pouvant mettre en péril notre bon fonctionnement.
C’est ainsi que l’analyse attentive des histoires qu’on se raconte sans cesse et qu’on raconte aux autres – les « m’ensonges », et que l’analyse des histoires – les mythes – que nous content nos cultures, vont nous permettre d’en déceler les fissures, les points de rupture, les traumatismes qu’il s’agira de soigner en vue de les réduire.
Ainsi se confondent les soins de l’Ame individuelle et de l’Ame collective du Monde, par les Psychés et les Cultures interposées ; ainsi se confondent les soins que chacun doit se donner et fournir à l’autre, et ce que j’ai nommé le développement personnel de chacun d’entre nous individuellement, et de nous tous collectivement.
Et, pour finir, j’ai parlé des niveaux du mythe, s’échelonnant du mythe social au mythe transpersonnel, en passant par le mythe névrotique et celui de la réalité.